En janvier, le Conseil d’analyse stratégique venait rappeler un résultat bien connu des économistes français : les baisses de charges sociales permettent de réduire le chômage des moins qualifiés mais elles sont beaucoup moins efficaces sur les plus hauts salaires. Et de s’interroger, suivis par des députés LREM, sur la pertinence d’un maintien des allègements de charges au-dessus de 1,6 smic (soit la limite actuelle des allègements dits « Fillon »). Sans faire injure à ce travail robuste d’économistes, ce résultat enfonce un peu une porte ouverte. Le chômage, aujourd’hui plus que jamais, touche avant tout les travailleurs peu qualifiés, à bas salaires ; toute mesure qui les cible est donc a priori plus efficace qu’un dispositif réduisant le coût du travail des cadres moyens ou supérieurs, qui connaissent de leur côté un taux de chômage presque résiduel (3,4% en 2018). Appelons donc un chat un chat : les allègements « Fillon » sont une politique de baisse du coût du travail et de lutte contre le chômage, les autres allègements sont une mesure de baisse du coût du travail dont l’effet recherché est une augmentation des salaires et de la compétitivité susceptible, de façon indirecte, de créer d’autres richesses et d’autres emplois. C’est aussi une mesure de justice fiscale, tant les classes moyennes salariées, trop « riches » pour bénéficier des allègements de charges salariales et de la prime d’activité, mais trop pauvres pour optimiser leur niveau total d’imposition, subissent aujourd’hui cet impôt invisible que sont devenues les cotisations sociales.
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